Septembre : Venir tels que nous sommes
Dernière mise à jour : il y a 20 heures
J’ai dîné avec mon filleul et ses parents l’autre jour, des amis qui me sont chers. Cette soirée m’a ramenée aux mois de septembre d’autrefois, lorsque ma fille était encore à l’école.

La rentrée : la saison des nouveaux départs
La rentrée est une période très particulière de l’année. Elle sent les livres encore vierges de toute lecture, les chaussures neuves et les ampoules assurées. Elle sent le shampoing et le recommencement, le passage en classe supérieure, le fait de monter d’un cran.
Après les longues vacances d’été vient le frisson du retour, un peu effrayant. Oui, oui. On se regarde. On s’observe. Une nouvelle coupe de cheveux. Quelques centimètres de plus, plus mince ou plus solide. Peut-être un peu plus maladroit, même gêné, ou soudain beaucoup plus sûr de soi. Et puis on pousse une nouvelle porte sur l’inattendu.
De quoi sera fait l’avenir ? Et qui serai-je de l’autre côté ?
Parfois, les choses ne se passent pas du tout comme nous l’avions imaginé.
De la neige en avril : accueillir le changement tel qu’il vient
Je vis depuis longtemps sur une petite île française — ce bijou nommé Saint-Barth, pour être précise. Lorsque nous avons inscrit ma fille au collège, cela signifiait déménager. Comme beaucoup d’autres familles de l’île, nous avons choisi Montréal.
Nous ne savions pas que des hivers pareils pouvaient même exister. Cet hiver 2008 avait été terrible. Je m’en souviendrais.
Puis, un jour vers la fin du mois d’avril, tout était terminé. Nous avions survécu. Tout le monde se sentait victorieux — fébrile, un peu béat.
Juste au moment où les gens installaient leurs chaises longues sur les terrasses et sortaient de leurs placards les belles robes et les chemises hawaïennes, il s’est mis à neiger.
Pas beaucoup. Quelques centimètres. Mais suffisamment pour nous fouetter le visage. Après toutes les promesses du printemps, de températures douces et de sandales à la place des bottes d’hiver, cette neige fut un coup dévastateur.
Ce sont les adultes, et non les enfants, qui l’ont pris le plus durement.
Les enfants ont haussé les épaules, réévalué la situation et réagi. Ils se sont adaptés. Ils ont enfilé leurs manteaux, remonté leurs fermetures éclair et sont allés à l’école.
Les adultes avaient fait des projets et des projections, désormais réduits à néant. J’entendais des jurons marmonnés avec découragement, des soupirs suspendus comme du givre dans l’air froid. Pleuraient-ils vraiment le mauvais temps — ou était-ce la fatigue d’avoir livré une bataille de trop ?
La basse saison à Selva
C’était il y a longtemps. Aujourd’hui, au lieu de marcher dans la neige en avril, je marche sur le sable en septembre.
Pendant que l’équipe technique s’affaire à rafraîchir l’Hôtel Manapany pour la nouvelle saison, qui débute le 4 novembre, je fais des backbends et j’écris. La basse saison est idéale pour faire naître de nouveaux rêves et préparer la nouvelle saison de Selva Studio.
Un œil vert d’eau me regarde depuis son antre liquide. Je suis captivée par sa surface aqueuse — parfois douce et paisible, parfois agitée et houleuse. J’écoute les battements de son cœur en écoutant les miens.
Les saisons changent. Le temps change. Le corps change. L’océan n’est jamais deux fois le même. Tout comme l’esprit, toujours en mouvement.
Accueillir ces changements avec équanimité : telle est la pratique.
Pour moi, le studio Selva est, à tous points de vue, un rêve devenu réalité. Être dans un espace si merveilleux, paisible et ouvert sur l’océan, ouvrir la porte et entrer dans sa douceur apaisante, créer ce lieu dédié au bien-être au sein de l’Hôtel Manapany : c’est assez magique.
Ici, je rends hommage à tous mes enseignants en transmettant ce qu’ils m’ont donné. Je m’efforce d’être le genre de professeure qui vous donne envie d’aimer apprendre, qui vous inspire et qui ouvre votre esprit et votre cœur à de nouvelles possibilités.
Il y a une fierté qui naît du perfectionnement d’une compétence, une satisfaction à devenir meilleur dans un domaine.
Une pratique millénaire, pratiquée seulement maintenant
Dans le yoga, les compétences se mesurent à une capacité croissante d’observer : ancrer notre attention dans le moment présent et permettre à la conscience de circuler.
Alors le corps se met en mouvement et le souffle entre et sort.
Le souffle est semblable au chant de l’océan — ancien et immédiat.
Comme la pratique du yoga : vieille de plusieurs milliers d’années, et pourtant pratiquée toujours dans le temps présent, toujours ici et maintenant.
Ce que la forêt m’a appris sur l’appartenance
L’une des choses que j’ai apprises dans la selva, la forêt amazonienne qui a donné son nom à ce studio, est ce sentiment d’appartenance. La jungle est une communauté d’une incroyable diversité, et chaque plante, chaque animal, chaque être y a un rôle à jouer, une raison d’être.
Nos cellules sont elles aussi des communautés. Notre pratique nous met directement en contact avec ces communautés visibles et invisibles qui vivent en nous.
Parfois, elles s’entendent. Parfois, elles sont en désaccord, en guerre ou endormies. Mais, par le tour de magie permanent de l’homéostasie — la capacité constante du corps à s’adapter, à s’ajuster et à reformuler — nous retrouvons un état d’équilibre relatif, grâce à cette intelligence vitale.
Que la mer soit agitée ou calme, qu’il pleuve, qu’il neige ou que le soleil nous accable, que nous soyons heureux aujourd’hui et abattus demain, nous autres, les êtres humains, dépassons sans cesse nos erreurs, nos faux pas et nos chutes.
Comme les enfants qui apprennent à marcher après mille essais et des heures d’effort, nous retrouvons notre équilibre. Et cela demande beaucoup, beaucoup de pratique.
Venez comme vous êtes
Aucun d’entre nous n’arrive sur le tapis en n’étant qu’une seule personne.
Nous venons avec notre ADN, nos ancêtres, nos vieux livres et nos histoires aux pages cornées. Nous venons avec toutes nos anciennes versions — toutes les parts de nous qui s’entendent, et toutes celles qui n’ont pas encore émergé du brouillard.
Nous venons avec les nouvelles histoires qu’il nous reste à écrire.
En avançant dans les couloirs de votre propre vie, que voyez-vous ? Qui êtes-vous devenu ? Comment évoluez-vous en cet instant ?
Comment appartenez-vous à vous-même ?
Comment servez-vous le monde ?
Selva Studio est conçu à l’image de la jungle : un lieu où chacun a sa place et où le jugement que vous portez sur vous-même ne sera pas utilisé contre vous.
Je viens, vous venez, nous venons tous tels que nous sommes. Et c’est avec ce moi tel quel que nous composons.
À travers la pratique de l’observation et de la présence, comme à l’école, nous grandissons et nous nous faisons des amis.
Alors je vous invite à franchir le pas. Ajoutez votre trait de crayon sur la porte. Je vous promets que vous serez surpris de constater tout ce que vous pouvez encore apprendre et devenir.
Découvrez nos séances de yoga et de méditation ou contactez-nous pour réserver.
Le 25 septembre, Selva fera une petite pause. Dianita part aux Galápagos. Réouverture le 25 octobre.
À bientôt !





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